Intervenants et conférences

Vodoun et développement durable dans des régions méridionales de l’Afrique de l’Ouest : la valeur de la contrainte issue des pratiques et rites

20 octobre, 10h45 - Salle 2416

Ekundayo Agossou

Étudiant de maîtrise en droit
Université Laval
Entre rites et pratiques, les nombreuses décompositions du Vodoun dont Egun, Oro et Zangbétô gagnent de manière sensible en légitimité, dans l’effort public pour assurer la durabilité dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Pour les pouvoirs publics, le recours à l’héritage traditionnel et culturel pour faire respecter des règles de société est justifié par la capacité de ces valeurs culturelles de contraindre du point de vue psychologique les citoyens. Mais, la légalité inspirée du droit romain offre des systèmes juridiques difficilement adaptables aux multiples intérêts que regorge le Vodoun. Ce jeu de pouvoir entre droit inspiré de la culture occidentale et droit coutumier est subit par l’être humain ou le citoyen qui vit, de ce fait dans une société marquée à la fois par des pratiques traditionnelles d’une part et d’autre part, par des pratiques modernes. Pour le citoyen, il est loisible de choisir le Vodoun comme religion et donc les rites issus de cette religion comme rites sacrés ou rites profanes. Des rites profanes impliqueraient pour le citoyen non pratiquant, d’admettre le Vodoun comme élément entrant simplement dans le champ du ludique, tandis que le citoyen qui accepte cette religion comme relevant du sacré y voit une forme d’obligation qui lui est opposable. Mais dans tous les cas, il est évident que les diverses décompositions du Vodoun seront davantage sollicitées et opposables au citoyen sans distinction, afin de garantir le développement durable.

Ombres et lumières du rite de passage dans une nouvelle de Cortázar

20 octobre, 11h45 - Salle 1430

Maria Aparecida Taboza

Doctorante, Littératures, art de la scène et de l’écran
Université Laval
Dans « L’autre ciel », une nouvelle de Julio Cortázar, le narrateur-protagoniste rentre dans une galerie à Buenos Aires des années 1940 et sort dans une galerie de Paris au XIXe siècle. Profitant de ce lieu secret de passage dans la ville, il vit une histoire d’amour et de terreur. Le franchissement de frontière entre le passé et le futur, l’ici et l’ailleurs, met le personnage entre deux mondes de telle manière qu’il reste dans la « marge » du processus rituel. Pourrait-il se produire une agrégation à la fin de l’histoire? Dans cette communication, on interrogera deux aspects de la ritualité présente dans cette nouvelle. Le premier est la configuration du rite de passage dans l’espace de la ville moderne où la fragmentation de l’expérience ainsi que le sentiment d’isolement semblent défavoriser et, en même temps, réclamer la ritualisation des passages. Le deuxième traite de l’incidence de l’ombre et de la lumière dans le rite de mort que le personnage témoigne, à partir de la discussion de Walter Benjamin sur les fantômes de la ville moderne.

L'identification aux origines et aux projets migratoires dans les Églises pentecôtistes d'Istanbul

20 octobre, 11h15 - Salle 2416

Armand Aupiais-L'homme

Doctorant et Chargé d’enseignement
Paris Diderot – Paris 7
Notre recherche doctorale, basée sur une ethnographie menée dans plusieurs Églises évangéliques d'Istanbul s'inscrit dans un intérêt académique ancien portant sur les relations entre migrations et pentecôtismes, ceux-ci s'associant historiquement à la mobilité, et constituant aujourd'hui une importante transnationalisation religieuse. Comment les Églises mettent-elles en scène rituellement l'identité d'origine de leurs membres et leur parcours migratoire ? Participent-elles aussi de l'installation durable de populations pourtant souvent considérées comme « en transit » à Istanbul?

Du rite à l’institution, ethnographie des socialisations problématiques en institution psychiatriques, le cas de la France

21 octobre, 10h15 - Salle 1415

Fabienne Barthélemy

Chercheure en sociologie
Université de Reims, France
L’accueil en institution psychiatrique crée de profonds chocs au sein de la cellule familiale. L’hospitalisation à la demande d’un tiers, souvent sollicitée par la famille, et les ruptures brutales avec l’environnement affectif afférant à un épisode psychotique en sont des facteurs indéniables. Le patient hospitalisé se trouve alors propulsé dans un environnement hostile, dans un jeu de face-à-face avec des proches en souffrance et une équipe soignante qui, d’un coup, joue un rôle prépondérant dans la gestion de leur quotidien. Cette communication interroge les liens sociaux entre les patients affectés par un trouble psychique et placés en hôpital public, leurs familles et les professionnels du soin psychiatrique (infirmier-e-s, psychiatres, psychologues). Notre approche ethnographique, reposant sur une enquête empirique par observation participante en institution (hôpital et centres médico-psychologiques) menée depuis 2011, montre un processus de socialisation incrémental naissant de ce jeu triangulaire, façonnant de manière concomitante l’identité de patient « stigmatisé », celle de familles « insulaires » et de professionnels de santé pris dans un clair-obscur entre protection déontologique et diagnostic normatif. Nous montrerons finalement que cette interaction caléidoscopique bloque la guérison et la sortie des patients du système de soins psychiatriques.

Entre rituel et performance : Négocier l'adaptation des pratiques théâtrales traditionnelles du Kerala au besoin du marché de l'art

20 octobre, 15h30 - Salle 1430

Sylvie Belleau

Doctorante, Littératures Arts de la scène et de l'écran
Université Laval
De retour d'un voyage d'études en Inde, dont un séjour d'une semaine au Kerala, j'ai choisi de questionner les mutations qui s'opèrent dans la pratique théâtrale de cet état. Si traditionnellement les arts y sont principalement liés au domaine du sacré, l'évolution rapide des nouvelles technologies, l'adaptation aux nouveaux besoins de consommation artistique et touristiques, l'exportation de produits artistiques ainsi que la promotion de la culture hindoue par le gouvernement actuellement au pouvoir sont autant d'éléments qui imposent aux arts traditionnels de profondes mutations. Autrefois, les performances de kathakali, de kuttiyattam et de theyyam étaient présentées dans des lieux dédiés, pour un public averti et celles-ci était accompagnées de rituels, cet ensemble précis de règles et d'habitudes fixées pour chacune des différentes formes théâtrales. La fonction sacrée des arts prédominait sur la notion de divertissement. Avec l'introduction de la télévision à grande échelle, l'influence du tourisme et le développement de l'industrie bollywoodienne, des pratiques différentes envahissent le monde de la représentation traditionnelle et obligent les artistes à modifier certains rituels liés à la performance et à sa fonction. Comment les artistes de kathakali, de kuttiyattam et de theyyam, trois formes théâtrales traditionnelles du Kerala, négocient-ils ce passage du sacré au profane? Du point de vue de l'artiste et du spectateur, y a-t-il une perte de satisfaction dans l'expérience artistique et dans la qualité de la performance? Si oui, comment se définissent-elles? Comment pouvons-nous mesurer les changements rapides qui s'opèrent aujourd'hui dans la pratique théâtrale de l'Inde du Sud et comment en évaluer les impacts sur la celle-ci et sur la transmission des savoirs-faire? Et comment les artistes parviennent-ils à renouer avec le rituel différemment? Voici quelques questions auxquels nous tenterons de répondre

Ethnographie des pratiques rituelles de consommation au sein de communautés de cosplayers

20 octobre, 15h30 - Salle 1415

Noémie-Blanchet Garneau,
Justin McNaughton,
Bernard Korai

Département d’agroéconomie et des sciences de la consommation
Université Laval
L’avènement de l’ère postmoderne a célébré le triomphe d’un genre nouveau de consommateur plus sensible aux dimensions hédoniques, symboliques et émotionnelles reliées à la consommation. Détaché d’une logique purement utilitariste, le consommateur trouve aujourd’hui, par le biais des objets de consommation, de nouvelles façons de se construire identitairement en réinventant un quotidien en perte de sens. Ce besoin d’affirmation a servi de catalyseur à l’émergence d’une panoplie d’activités de consommation atypiques telles que le cosplay. Littéralement défini comme l’art de se déguiser en incarnant un personnage fictif (ex. héros de bandes dessinées ou de séries cultes), le cosplay s’est imposé, ces dernières années, comme l’un des plus grands phénomènes de consommation au regard du nombre de ses adeptes et des communautés physiques et virtuelles qu’il mobilise à travers la planète. Si cette pratique fascine tant, c’est principalement parce qu’au-delà des gratifications ludiques, elle invite les « cosplayers » à vivre des expériences immersives et transformatrices au travers desquelles ils se mettent en récit en théâtralisant leur vécu. Bien plus qu’un simple travail de mimétisme, le cosplay exige de l’adepte-consommateur un grand sens de créativité et d’ingéniosité afin de s’approprier le plus fidèlement possible le personnage choisi. Dans ce processus de métamorphose, les « cosplayers » vont énormément soutenir leur projet narcissique par l’adoption d’un ensemble de rituels de consommation dont le respect confère le sentiment d’une transformation réussie. À la différence d’autres activités similaires (ex. déguisement), la ritualisation dans le cosplay revêt un aspect mystico-religieux car durant le laps de temps que dure sa prestation, l’individu va s’effacer complètement ou « mourir » symboliquement pour laisser place entièrement au personnage en adoptant sa personnalité, sa gestuelle, ses pensées, son attitude et sa voix autant que possible. Afin de mieux saisir la dynamique de ses pratiques rituelles singulières, nous avons réalisé une étude netnographique d’une communauté de « cosplayers » couplée d’une observation participante sur les lieux d’un congrès de cosplay tenu à Québec.

Le rituel funéraire chez des populations migrantes extra-européennes de confession hindouiste et bouddhiste installées en France depuis le début du XXe siècle

20 octobre, 15h00 - Salle 2416

Sophie Bobbé

Chercheure associée
Centre Edgar Morin (EHESS-CNRS), Paris
Les changements observés à l’égard des rituels funéraires sont l’expression de la mutation des représentations de la mort en France, mutations mises en évidence par de nombreux travaux scientifiques. Toutefois, qu’en est-il pour les populations migrantes extra-européennes de confession hindouiste et bouddhiste venues s’installer en France depuis le début du XXe siècle ? Nous chercherons à mettre au jour l’incidence de leur parcours migratoire dans leur rapport au religieux, et plus particulièrement aux rituels funéraires. Il s’agira d’examiner ce qu’il en est du devenir des prescriptions religieuses en matière funéraire en situation de migration. Quelles sont les pratiques traditionnelles du pays d’origine que les migrants souhaitent et peuvent maintenir une fois installés dans un pays tiers ? Quelles sont les adaptations à mettre en œuvre pour le respect des rituels funéraires ? Nous évoquerons également le positionnement de ces communautés migrantes au regard de l’anticipation de la mort.

Rites de passage néo-druidiques : lecture «housemanienne»

20 octobre, 16h00 - Salle 2415

Nicolas Boissière

Doctorant et chargé de cours, Sciences religieuses
Université du Québec à Montréal
Parmi les religiosités alternatives aux grandes traditions religieuses, les mouvances néo-païennes, s’articulant aux religions antiques et médiévales préchrétiennes, connaissent un essor de plus en plus important. Le néo-druidisme, qui s’attache plus spécifiquement à restaurer l’ancien système religieux des peuples celtes de l’Antiquité, l’illustre bien : développé au 18ème siècle en Grande-Bretagne, il s’est peu à peu transnationalisé pour être, aujourd’hui, présent dans l’ensemble des pays occidentaux. Pour ses pratiquants, il s’agit ainsi de réhabiliter les croyances, savoirs et pratiques des druides antiques dans un ensemble rituel nouveau, adapté au contexte moderne. Dans cette communication, je souhaiterais analyser en particulier l’un des trois types de pratiques rituelles que l’on retrouve dans le néo-druidisme : les rites de passage, permettant aux néo-druides de souligner rituellement l’avancement dans leur cheminement initiatique ou un événement qu’ils jugent marquant. Pour cela, j’appliquerai les propositions théoriques et méthodologiques avancées par Michael Houseman (2010, 2012) à propos des ritualités New Age, qui invitent à prendre en compte les multiples identités des acteurs performant ces rituels.

Le dialogue interspirituel comme rituel individuo-global

20 octobre, 11h15 - Salle 2415

Frédérique Bonenfant

Doctorante, sciences des religions
Université Laval
Sur ce point, Danièle Hervieu Léger notait que la sociabilité religieuse des pèlerins se recomposait parfois sur la base d’un modèle de validation mutuelle du croire, créant des formes de sociabilité fondées non plus sur une vérité partagée, mais sur le partage des expériences et de la quête spirituelle en elle-même. Ce type de sociabilité fut observé lors de nos recherches terrain portant sur les pratiques de dialogue interreligieux. Cependant, c’est à l’intérieur du rituel du dialogue inter-spirituel que nous retrouvons la plus belle expression de cette sociabilité religieuse qui permet aux pèlerins, aventuriers de la spiritualité ou encore aux mystiques ésotériques de construire leur identité religieuse et/ou spirituelle.

Identités, stratégies, rituels corporels et masculinités gay dans la ville globale états-unienne

21 octobre, 11h15 - Salle 1430

Gianfranco Bottaro

Doctorant en anthropologie
Université Laval
Cette recherche de maitrise explore les stratégies et les rituels corporels des hommes gays, ainsi que leur rôle dans la construction, la négociation et l'affirmation de leur identité masculine, au quotidien. Il repose sur les concepts centraux d'identité incorporée et de performativité de l'identité de genre. Les données, qualitatives, ont été recueillies (en 2014) auprès de dix-huit résidants de quatre métropoles états-uniennes qui s'investissent activement dans des projets corporels incluant les pratiques esthétiques et les rituels de grooming. Cette recherche met en évidence le rôle crucial du corps dans la création et la performance de l'identité masculine gay et explore les façons dont le corps est traversé par les mythes de la beauté, de la jeunesse et de la masculinité pour devenir l'expression de l'identité masculine gay. En effet, le corps est utilisé comme une garantie, un indicateur et une preuve d'image, de style, d'estime, d'habileté sexuelle, d'attraction, d'acceptation de ses pairs et de contrôle. Le corps modifié, embelli et virilisé selon les idéaux circulant dans les médias et la communauté gay, devient ainsi la preuve visible de l'identité et du prestige de l'homme gay métropolitain. Pour parvenir à cela, les participants valorisent le maintien d'une apparence masculine à travers des projets corporels qui comprennent une combinaison d'exercice, de pratiques esthétiques et de rituels de grooming. Ainsi, ils investissent beaucoup de temps et d'argent dans leurs projets corporels pour viriliser le corps, ainsi que pour retarder et estomper les effets du vieillissement grâce à des rituels quotidiens comprenant l'usage de produits cosmétiques anti-âge ou la maitrise de la pilosité faciale et corporelle.

Rites de passage dans la tradition chamanique québécoise

20 octobre, 15h00 - Salle 2415

Gaëlle Brunelot

Doctorat en Sciences religieuses
Université Laval
Dans une visée de développement personnel, nombre de Québécois explorent des rites de passage autochtones qui marquent différentes étapes dans leur existence et de leur cheminement spirituel. Les transformations successives qu’ils éprouvent participent à sa construction identitaire et à son engagement envers les traditions de différentes communautés autochtones. Parmi ces rites, soulignons les huttes de sudation, les cérémonies de chants sacrés ou encore l’usage de médecine traditionnelle dans une visée de guérison. Les Québécois qui s’y intéressent redéfinissent leur spiritualité et lui assigne un rôle spécifique en fonction de leur âge et de leurs compétences. L’objectif de cette communication sera donc d’explorer les avenues du néo-chamanisme dans la construction identitaire aux différents âges de la vie et de voir dans quelle mesure ce dernier réussit à prendre la place des anciennes traditions religieuses.

Impact des rites de certaines sociétés anciennes bantoues du Cameroun sur la perception identitaire des homosexuels et la transmission du VIH/Sida

21 octobre, 11h45 - Salle 1430

Christelle Cazabat

Analyste de recherches au Programme des Nations Unies pour le Développement
Université Paris-Sorbonne
Cette communication est fondée sur une étude de terrain réalisée au Cameroun dans le cadre d’un doctorat obtenu à l’Université Paris-Sorbonne en 2015. Elle porte sur les rites de certaines sociétés anciennes du groupe ethnolinguistique bantou et sur l’impact que ces rites ont sur la perception identitaire des homosexuels et sur la transmission du VIH/Sida au Cameroun. Le groupe ethnolinguistique bantou représente environ 20 % de la population totale du Cameroun et comprend notamment les populations bétis (Boulous, Ewondos, Etons, Fangs) vivant principalement dans la moitié sud du pays. Plusieurs pratiques sexuelles à risque ont été documentées dans le cadre de rites à caractère sacré chez certaines de ces populations. Ainsi une croyance traditionnelle fang veut-elle que la richesse se transmette d’un individu à l’autre par le sperme, et donc par le biais de relations sexuelles non protégées. Dans d’autres groupes bétis, les cérémonies de passage à l’âge adulte ou d’initiation pour intégrer certaines élites sociales comportent des relations sexuelles non protégées entre hommes. L’association entre ces rites et le pouvoir par la population camerounaise (le Président de la République camerounaise depuis 34 ans fait partie du groupe Boulou) a eu une influence négative sur la perception de l’homosexualité au Cameroun. Ces relations sexuelles non protégées et secrètes ont par ailleurs facilité la diffusion du VIH/Sida au sein de ces groupes. Ainsi les Bétis, Bassas et Mbams affichent un taux de prévalence du VIH de 6,2% contre une moyenne nationale de 4,3%.

La réalité du handicap en Haïti : entre rite de passage et identité

20 octobre, 16h30 - Salle 2415

Obrillant Damus

Professeur
Universités d’État d’Haïti et Quisqueya
Nous sommes toutes des personnes handicapées potentielles à cause de notre vulnérabilité ontologique. Le handicap est une construction sociale et culturelle. Il est pris dans un réseau labyrinthique de représentations intra-individuelles, interindividuelles et sociales. La survenue d’une incapacité dans la vie d’une personne impacte non seulement sur sa cosmovision, mais encore sur son identité transtemporelle (son soi permanent), sur son identité vocationnelle (la perception de ses capacités et de ses talents) et sur sa construction de soi (autopoïèse). Les handicaps acquis peuvent être envisagés comme des rites de passage, et comme des événements jouant un rôle central dans le processus de construction identitaire des victimes. Quel est le lien qui existe entre les handicaps, les rites de passage et l’identité?

Rite de passage et performativité. Le conte oral haïtien en diaspora québécoise 

20 octobre, 15h00 - Salle 1430

Sara Del Rossi

Doctorante à l’Institut d’études romanes
Université de Varsovie
Cette communication se propose de cerner les articulations entre les rites et la construction de l’identité dans l’œuvre de Joujou Turenne, conteuse, comédienne, danseuse et scénariste haïtienne contrainte à l’exil au Québec (depuis les années 1970). Nous allons observer comment les contes de Joujou Turenne se laissent interpréter comme des textes ouverts, où l’exil en diaspora québécoise peut être perçu comme un rite de passage vers une identité (post)moderne dont les repères sont sans cesse à réinventer. Nous verrons en particulier comment les fondements mythologiques et mythiques du conte traditionnel haïtien (proches de l’univers afro-chrétien et de ses thèmes contrastés de la ruse et vengeance vs espérance et quête de bonheur) deviennent dans la performance scénique de l’artiste exilée un objet de personnalisation et d’adaptation au nouveau contexte de vie (urbain et hypermoderne) dans une société fondée sur la diversité culturelle. Nous examinerons également les réorientations dans l’engagement de la conteuse (revendications salariales des femmes, protestation contre les stéréotypes machistes et la pauvreté des immigrés) et dans l’usage de l’oralité (métissage du créole, du français haïtien et du parler québécois) comme marque de construction identitaire − là où une certaine détritorrialisation linguistique peut créer un sentiment d’appartenance à la société d’accueil. Notre démarche se fera en deux volets. Nous interrogerons d’abord les étapes de l’itinéraire de Joujou Turenne et son impact sur l’improvisation et la performance théâtrale du conte oral. Les théories de l’anthropologie de la performance de Turner (1986), en particulier les concepts de drame social et d’homo performans, constitueront la base de notre réflexion. Nous tiendrons également compte de trois étapes du rite de passage théorisées par Van Gennep dans les rites de passage. Dans un second temps, nous analyserons certains contes de Joujou Turenne, publiés dans les recueils Ti Pinge (2006) et Voyages dans un espace nomade (2009), afin d’y repérer des innovations symboliques, stylistiques et structurelles qui font de ces textes des « tous-contes » (par analogie à l’image-idée de « Tout-Monde » d’Édouard Glissant) où l’hybridité identitaire des artistes dits « migrants » constitue un relais exemplaire entre tradition et modernité.

Le tissu-pagne (ou tissu wax) dans les rites funéraires éwé (Togo)

20 octobre, 15h30 - Salle 2416

Anne-Sophie Deleuze

Doctorante en anthropologie
Université Laval.
Dans les rites funéraires éwé, le tissu-pagne occupe une position centrale en tant que médium identitaire. Les pratiques qu’on lui associe concernent non seulement la famille endeuillée, mais aussi un cercle plus ou moins élargi de proches du défunt. En amont des cérémonies publiques, un tissu-pagne doit être sélectionné par un comité familial selon des critères de couleur et de qualité de tissage, notamment, dans une optique d’affirmation identitaire, tant du défunt que de sa famille (plus ou moins élargie). Le tissu retenu sera ensuite porté par la famille et les proches sous forme d’uniforme, dans une volonté de mise en scène d’un « donné à voir », à la fois pour afficher l’appartenance identitaire au groupe endeuillé (nous) et pour mettre en avant la distinction vis-à-vis du reste de la population (vous). Inscrites dans ma recherche doctorale basée sur une approche qualitative, ces données empiriques résultent d’observations directes et d’une cinquantaine d’entrevues réalisées sur une période de 11 mois à Lomé (Togo) durant l’année 2013. Le tissu-pagne, en tant que textile de base au Togo, est une étoffe de coton imprimée ayant pour ancêtre le batik indonésien (impression à la cire). Amené tout d’abord par les Hollandais dès le XVe sur les côtes du Golfe du Bénin, il constitue depuis le seul textile fabriqué en Europe à seule destination du marché africain. Rapidement réapproprié par les populations locales, il représente un marqueur identitaire fort et ouvertement revendiqué au Togo (plaque tournante de son commerce en Afrique de l’Ouest) : « le pagne c’est notre identité » (Paga).

La séparation post-mortem de la mère et du fœtus chez les communautés ethniques du Cameroun : entre constructions identitaires du groupe et construction des groupes identitaires

20 octobre, 16h00 - Salle 2416

Michel Douryang Domga

Enseignant-chercheur, Faculté des Sciences Juridiques et Politique
Université de Maroua
Plusieurs groupes ethniques au Cameroun pratiquent une séparation systématique de la mère et du fœtus (ou des fœtus) lorsque leur mort survient avant l`accouchement. Généralement pratiquées en dehors des hôpitaux, ces pratiques relèvent d`un certain nombre de rites traditionnels qui accompagnent spécifiquement le travail de deuil d`une femme enceinte décédée avant l`accouchement lorsque cet accouchement-là semblait être imminent. Ces rites qui relèvent du sacré concourent également à réaffirmer les contours identitaires desdits groupes ethniques tout en suscitant plusieurs défis aux chercheurs. Dans un premier temps, il s`agit de comprendre dans une perspective comparative les logiques diverses et variées qui sous-tendent ces rites au sein des différentes ethnies qui les pratiquent au Cameroun. Dans un second temps, il s`agit de comprendre comment ces rites-là participent à la définition des identités respectives desdits groupes. Dans un troisième temps, étant donné le caractère particulièrement violent de ces pratiques sur les corps, comment comprendre qu`ils ont tous en commun, comme l`ont montré nos enquêtes exploratoires, un caractère sacré et une volonté d`honorer ces corps? Dans un quatrième temps, comment ces pratiques informent le chercheur sur l`identité sociale des femmes et des enfants au sein desdites communautés? Telles sont les questions auxquelles notre communication entend apporter des réponses en transitant de manière continue entre sacralité, rites et identités. Sur le plan méthodologique, elle s`appuie sur des entretiens semi-directifs adossés à des observations indirectes in situ et au plan théorique, sur la mobilisation de la solidarité mécanique, fondateur des groupes communautaires.

La croyance dans le Père Noël: entre rite social et rite scolaire

20 octobre, 16h30 - Salle 1415

Christine Fawer Caputo

Professeure, Unité d’Enseignement et de Recherche des didactiques des Sciences Humaines et Sociales
Haute École Pédagogique de Vaud, Suisse
Pour de nombreux jeunes enfants en Occident, le Père Noël occupe une place importante dès qu’arrive le mois de décembre. À l’instar des fées, lutins et autres sorcières, c’est un personnage légendaire doté d’attributs magiques, mais à l’inverse des personnages de conte qui sont présentés comme fictifs, le Père Noël est souvent doté d’une existence réelle et il est même invité « en chair et en os » à la maison ou à l’école. Les arguments pour perpétuer cette croyance sont multiples : elle offre aux enfants une expérience enrichissante pour leur développement spirituel et imaginaire, et leur permet de vivre une expérience magique, tout en développant le sens de la tradition, du merveilleux et du mystère (Bronner, 2003 ; Larivée et Sénéchal, 2009, 2010 ; Verba, 1996). Toutefois, cette croyance est basée sur un mensonge, qui plus est collectif et social, et dont la découverte peut entraîner une crise chez l’enfant, même si divers auteurs s’accordent à souligner les bienfaits de cette rupture en assimilant la découverte de la vérité à un rite de passage du monde de la naïveté à celui du scepticisme (Lévi-Strauss, 1993). Si cette croyance semble largement intégrée dans notre société, il appartient toutefois à chaque famille de décider de la transmettre ou pas à ses enfants. Comment expliquer alors que le Père Noël est non seulement présent dans certains manuels officiels (notamment en Éthique et cultures religieuses), mais également que nombre d’enseignants des premiers degrés utilisent ce personnage dans diverses activités à l’approche de Noël, voire l’invitent en classe pour un moment de partage avec les élèves ? Cette contribution se propose d’exposer les enjeux d’une telle croyance ainsi que les représentations d’un échantillonnage d’enseignants primaires et d’étudiants en formation (romands) sur ce personnage « imaginaire » et son utilité pour les enfants.

L’acculturation partielle aux rites sociaux de la vie quotidienne : un processus au cœur de la construction identitaire du rôle de travailleur de rue

21 octobre, 10h45 - Salle 1415

Annie Fontaine

Professeure, École de service social
Université Laval

Gabriel Wagner

Étudiant à la maîtrise en service social
Université Laval
Le travail de rue est une forme d’intervention sociale dont la première caractéristique est d’être mise en œuvre, voire mise en scène, directement dans la vie quotidienne des groupes sociaux visés. Ce mouvement « d’aller vers » implique de pénétrer le territoire d’autrui à travers un processus d’acculturation partielle aux codes et aux routines qui animent ces espaces de vie (rue, parcs, écoles, apparts, bars, restaurants, etc.). C’est à travers ce processus d’intégration progressif au sein de la culture du milieu fréquenté que le travailleur de rue parvient à se faire une place dans l’univers des personnes visées et à éventuellement jouer un rôle parmi elles (Fontaine, 2010). Fondée sur les résultats d’une recherche doctorale (Fontaine, 2011, 2012) et d’une recherche subventionnée traitant de l’influence de la négociation du sens et des usages du travail de rue sur l’adéquation de cette pratique aux besoins des jeunes en rupture sociale, cette communication résumera l’importance qu’exercent les rites sociaux dans ce métier relationnel. Seront abordés les rites sociaux qui animent la construction d’une identité professionnelle au sein de cette communauté de pratique, mais surtout le processus d’adaptation de ces praticiens aux rites sociaux qui animent la vie quotidienne des milieux en vue de négocier un univers de sens partagé avec les personnes qu’ils veulent rejoindre. Cette communication sera une occasion d’approfondir une dimension centrale, mais jusque-là sous-jacente à nos travaux, en mobilisant l’analyse des rites sociaux pour éclairer les facteurs d’adéquation de cette pratique aux significations et aux usages qu’y accordent les jeunes que ces intervenants visent à accompagner au fil de leurs aléas quotidiens et existentiels, individuels et collectifs (Fontaine, 2013).

Dialectique et adoption

21 octobre, 11h15 - Salle 2415

Mathieu Gagnon

Doctorant en philosophie
Université Laval
L’adoption fut pendant longtemps un tabou du monde chrétien, tant et si bien qu’elle fut absente des systèmes légaux européens jusqu’au XIXe siècle. Au Québec, l’adoption est règlementée pour la première fois en 1929. Alors que l’adoption est généralement vue en anthropologie comme un rite fondamental par lequel se transmet l’identité, ce concept demeure dans une large mesure un impensé de la philosophie occidentale que nous voulons ici mettre en lumière. Si la pratique légale est connue, nous sous-estimons souvent l’importance du geste de l’adoption sur le plan symbolique, geste qui doit être pensé même dans les cas où les géniteurs prennent leur enfant en charge. L’engendrement n’implique pas automatiquement l’établissement d’une relation de parenté, mais les sociétés laïques tendent à prendre celle-ci pour acquise en tant qu’elle est consignée légalement, sans considérer outre-mesure l’aspect rituel et spirituel de l’adoption. Je propose dans cette communication de questionner cet impensé sur le plan philosophique à partir des concepts de reconnaissance et de dialectique de Hegel.

Un rituel au cœur d’un récit de clarice lispector

20 octobre, 11h15 - Salle 1430

Lucienne Guimarães de Oliveira

Doctorante-chercheure
Université Laval
Un thème récurrent dans la littérature de l’auteure brésilienne Clarice Lispector, est celui de la quête d’identité des personnages féminins, qui se retrouvent souvent face à l’étrangeté d’être au monde. Ce thème apparaît notamment dans L’heure de l’étoile, dernier livre publié par cette écrivaine, reconnue comme une des plus importantes de la littérature de l’Amérique latine. Le personnage de L’heure de l’étoile, Maccabée, après avoir quitté la province (sertao) pour la vie urbaine de Rio de Janeiro, souffre d’une existence lassante. C’est lors d’un rituel qui se déroule chez une clairvoyante qu’elle prend conscience de son aliénation et s’éveille à l’existence. Dans cet article, nous cherchons à mettre en évidence dans L’heure de l’étoile le parcours d’un personnage qu’on identifie comme liminaire, ainsi qu’à explorer le rituel d’une rencontre avec l’altérité, essentielle pour le dévoilement de l’identité du personnage.

Les rites à l’école et les identités scolaires

20 octobre, 16h00 - Salle 1415

David Harvengt

Chargé de cours
Université Laval
Christoph Wulf et Denis Jeffrey l’ont montré, les rites sont omniprésents à l’école. Ils scandent le rythme scolaire (annuel, hebdomadaire et quotidien), ils aménagent l’espace et organisent les relations entre les différents acteurs du monde scolaire. Ces rites sont-ils pour autant créateur d’identité ? Contribuent-ils à la construction de l’identité d’élève, ou ce que Perrenoud nomme le « métier » d’élève ? Nous aurions tendance à le penser. Ce métier d’élève consiste notamment à s'acquitter des gestes, attitudes, tâches par lesquels se manifeste son appropriation de l'ordre scolaire. Or les rites scolaires semblent jouer un rôle non négligeable à cet égard. Ainsi, par exemple, dans certaines écoles primaires l’entrée dans l’école le matin se fait en rang et en silence. Une manière symbolique de signaler aux enfants qu’ils entrent dans la sphère scolaire et qu’ils doivent maintenant se draper de leur identité d’élève. Pourtant, ces rituels scolaires débordent certainement du seul rôle des élèves. En effet, ne viendraient-ils pas aussi confirmer l’ordre scolaire ? Est-ce que les rituels scolaires ne contribuent-ils pas également à asseoir l’autorité de l’enseignant autant qu’ils aident l’enfant à se faire élève ? C’est une autre question qui mérite d’être explorée. Enfin, la flexibilité des rites contemporains et leur interprétation par les acteurs posent également question lorsqu’on touche à des rites collectifs tels que ceux scolaires. Comment l’individualité s’exerce-t-elle dans les rites collectifs ? Quel effet peut avoir un enseignant qui autorise le tutoiement dans sa classe, alors que l’école prône le vouvoiement ? Le rituel de politesse et ses « effets » sont-ils remis en question, par cette « incartade » ?  La présente communication se veut donc une réflexion autour de certains rituels scolaires (essentiellement au primaire) et des questions qu’ils soulèvent quant à l’identité des élèves, mais aussi des enseignants.

De microbe à virus: itinéraires initiatiques et transformations identitaires dans un gang de jeunes microbes en cote d’ivoire

21 octobre, 11h15 - Salle 1415

N’goran Koffi Parfait

Maître-Assistant au Département d’Anthropologie et de Sociologie
Université Alassane Ouattara de Bouaké
Depuis la fin des violences post-électorales de 2011, la Côte d’Ivoire expérimente une nouvelle forme de criminalité portée essentiellement par des jeunes dont l’âge tend plus vers dix (10) ans que vers trente (30) ans : les «Microbes ». Formatés à la violence dans les quartiers précaires d’Abidjan dans l’interstice de la « guerre d’Abidjan », des hubs de transports urbains et interurbains, ces nouveaux entrepreneurs de violence exercent leurs compétences de criminels par l’usage de la machette, du couteau et plus récemment, de la kalachnikov. Organisée en bande, l’intégration à ces groupes passe généralement par des épisodes de violences initiatiques faits très souvent de bagarres, de consommation de stupéfiants ou de recours à des objets magico-religieux qui auraient la vertu de les rendre invulnérables. C’est ce processus qui donne de la reconnaissance à l’impétrant et rend légitime son entrée dans cette nouvelle famille sociale. De plus, au sein des gangs de « Microbes », la possession du capital guerrier est la principale ressource qui organise les mobilités et qui permet d’acquérir une nouvelle identité violente, celle de « Virus ». Cette communication qui s’inscrit dans le deuxième axe de réflexion du colloque international Rites et Identités est une esquisse de compréhension des transformations identitaires qui s’opèrent dans les gangs de jeunes criminels en Côte d’Ivoire, à travers l’étude de l’itinéraire initiatique de cinq « Microbes » dans la commune d’Abobo à Abidjan. La méthodologie de collecte des données est essentiellement qualitative et repose sur la technique du récit de vies.

Exploration des rituels de désacralisation de la mort à travers la consommation : odyssée dans l’industrie des services funéraires

20 octobre, 16h30 - Salle 2416

Bernard Korai

Professeur, Département d’agroéconomie et des sciences de la consommation
Université Laval
La mort constitue l’un des objets de recherche les plus accomplis en sciences sociales au regard de l’abondante littérature dont elle fait l’objet. Si la mort fascine tant l’imaginaire collectif, c’est parce qu’elle est révélatrice de nos limites individuelles et collectives et un frein à notre désir d’immortalité. Dans plusieurs cultures, l’évocation de la mort est intimement associée à un corolaire d’affects négatifs (ex. angoisse, tristesse, souffrance, inconfort). Afin de tenir la mort à distance, les humains ont développé, au cours de l’histoire, diverses pratiques rituelles qui s’expriment de plus en plus par le biais de la consommation. En effet, la marchandisation de l’univers du deuil a favorisé l’émergence d’une véritable industrie des services funéraires dorénavant en charge de la gestion physique, émotionnelle et symbolique de la mort. En 2014, on estimait à près de 20 milliards de dollars le marché funéraire américain (Forbes, 2014). Selon ces mêmes statistiques, le consommateur nord-américain consacrerait entre 8 000 et 10 000$ pour la préparation et l’organisation de ses obsèques faisant ainsi de la mort, le troisième plus gros investissement après l’achat d’une maison et d’une voiture. Si les consommateurs sont si insensibles à la dépense, c’est en grande partie parce qu’ils y associent un fort degré de symbolisme qui se reflète à travers les rituels de désacralisation entourant le passage du mort du monde des vivants à celui des esprits. La manière dont ces rituels évoluent (en fonction des changements sociaux) ou encore sont entretenus, codifiés et nourris revêt une dimension thérapeutique et spirituelle pour les vivants d’une part et d’autre, affecte la façon dont le prestataire funéraire produit et délivre le service aux endeuillés. Cet article, à travers une démarche ethnographique, se propose justement de comprendre cette dualité du rituel funéraire en l’inscrivant au cœur de l’interaction entre les vivants, le prestataire de services funéraires et les morts.

Les spécialistes des rites de passage laïques : Bricoleurs, ingénieurs ou artistes?

20 octobre, 15h30 - Salle 2415

Isabelle Kostecki

Doctorante en anthropologie
Université de Montréal
Au Québec comme dans d’autres sociétés occidentales sécularisées, les églises historiques voient une proportion croissante d’individus désaffectionner les rites de passage qu’elles proposent, jugés anachroniques et vides de sens. En parallèle, on assiste à l’émergence d’une nouvelle classe de ritualistes laïcs qui emboîtent le pas aux représentants religieux pour offrir des ritualités séculières sur le marché du rite et dans des institutions publiques, particulièrement les établissements de santé. Ces ritualistes se distinguent des meneurs de rites religieux du fait que leur activité s’inscrit dans une logique de service sur mesure voué à refléter les imaginaires croyants, les valeurs et les histoires de vie de leurs clients. Du reste, puisqu’ils ne sont plus les dépositaires d’une tradition régulant un corpus de croyances et de pratiques homogène et partagé, ces ritualistes disposent d’un degré de liberté sans doute sans précédent pour mobiliser des ressources symboliques endogènes ou exogènes et manifester des sensibilités religio-spirituelles en pleine évolution. Alors que les membres du clergé accédaient à la fonction liturgique par un long processus formatif et initiatique, les praticiens du rite laïque ne font face qu’à peu de barrières à l’entrée pour mener des cérémonies de naissance, de mariage ou de mort. Toutefois, ceux-ci font preuve de compétences, de dispositions et de savoir-faire particuliers permettant de proposer des rites significatifs dans un contexte pluraliste au niveau des croyances et du rapport au religieux. Deux recherches ethnographiques menées au Québec auprès de célébrants proposant des rites de passage sur mesure, et d’intervenants en soins spirituels oeuvrant en contexte hospitalier permettent de dresser un portrait sociologique des ritualistes séculiers et de comprendre comment ils se construisent en opposition à la figure imaginée du prêtre.

Les rites ordaliques dans les mondes numériques

20 octobre, 10h45 - Salle 1415

Jocelyn Lachance

Professeur
Université de Pau, France
Attirer le regard à tout prix sur soi, pour se sentir exister, voire comme un dernier appel avant de se donner la mort : si en socio-anthropologie, l'ordalie désigne la remise de soi au hasard, la sollicitation du destin au risque de mourir – comme nous le percevons dans les conduites à risque des jeunes -, l'ordalie numérique consiste en la remise de soi au hasard des regards de la communauté des internautes. Transformés en lieux privilégiés de la reconnaissance, les espaces numériques sont la plupart du temps investis pour se mettre en scène et parfois pour se mettre en jeu. Du risque de se confier à une personne connue, afin de s'engager dans l'échange réciproque de mots et d'images, certains franchissent une nouvelle étape, interpellant en dernier recours le regard anonyme de la communauté des internautes. Ainsi assistons-nous, notamment chez les jeunes, à l’apparition de nouveaux rites ordaliques dans les mondes numériques…

Culture martiale et développement identitaire

20 octobre, 11h15 - Salle 1415

Richard Lajeunesse

Chargé de cours
Université du Québec à Montréal
La rencontre des cultures orientale et occidentale dans la modernité a amené les arts martiaux vers une avenue différente de leur vocation originelle. Leurs fondements philosophiques et spirituels ont été remplacés par une idéologie sportive qui reflète les convictions profondes de la philosophie de l’époque des Lumières, c’est-à-dire la croyance au progrès illimité de l’être humain. Nous remarquons particulièrement cette influence dans le cadre de la pratique des chorégraphies de combat appelées « formes ». Celles-ci constituent les fondements techniques qui différencient les styles d’arts martiaux. Leur approche en entraînement est aujourd’hui devenue une affaire de performance physique plutôt qu’une « Voie » globale d’apprentissage pour leurs pratiquants. Relativement à notre préoccupation liée à l’entraînement martial, notre recherche tente de répondre à deux questions. Comment une approche martiale fondée sur le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme peut-elle s’inscrire aujourd’hui dans la pensée occidentale ? Dans le cas précis qui nous intéresse, comment une pratique des formes – à titre de rite martial – peut-elle se rapprocher de ses origines et, par le fait même, avoir une certaine incidence sur le développement identitaire de ses pratiquants ? Pour ce faire, notre premier objectif tente de clarifier et de comprendre les affinités qui existent entre certains courants de pensée d’Extrême-Orient, le monde martial dans sa culture propre et la phénoménologie comme épistémè communicationnelle. Notre second objectif nous conduit sur la voie interrogative des effets de ce recadrage culturel de la pratique des formes. Dans le cadre d’un laboratoire conçu à cet effet, nous cherchons à comprendre comment les trames intersubjectives de la perception exercent certaines influences sur les interactions entre pratiquants qui les conduisent à se situer par rapport à leur identité.

Du rite, à l’identité féminine militante, dans la Tunisie coloniale du XXe siècle

21 octobre, 10h45 - Salle 2415

Rym Lajmi

Doctorante
Università degli Studi di Roma La Sapienza
Dans la Tunisie de la première moitié du XXe siècle commençaient à émerger les premières formes de lutte féminine au sein des trois communautés locales, l’arabo-musulmane, la juive autochtone et l’italienne libérale. Le terrain de l’occupation française, devenue par la suite allemande, a favorisé ce qu’on appellera une quête identitaire au féminin : il s’agira d’un rite initiatique pour changer de statut, du statut de femme à celui de femme militante. Les premières formes d’activisme mutaient selon l’exigence de la réalité du terrain et selon la condition de la protagoniste 'femme'. L’enjeu était différent d’un sujet à un autre, étant donnée la différence sociale, idéologique et ethnique ; par sujet, on entend également assimiler l’individu à la collectivité, car même dans ce projet d’assimilation, il devient porteur d’identité plurielle. Ainsi la femme en Tunisie se verra impliquée dans le cours de l’histoire dans un processus de transition vers une identité émancipatrice. Dans ce contexte en terre cosmopolite, on essaiera de redéfinir le rite comme un moyen de reconstruction d’une image identitaire variable d’un groupe ethnique/politique/social à un autre, liée à une cause qui va de la revendication d’un nouveau statut social, qui permettra de repositionner la femme dans l’échelle des valeurs humaines, à la revendication d’une identité nationale, voire même internationaliste. On tentera de comprendre comment ses femmes acquerront de la visibilité grâce au rite, quel parcours elles devront entreprendre pour s’affirmer en tant que militantes, on essaiera ensuite de découvrir les codes de conduite du militantisme féminin associatif et politique comme affirmation de soi comme groupes d’individus. On tentera également d’interpréter cette quête collective de l’identité à travers les différents rites et d’essayer de déceler une divergence ou une similitude de ces pratiques de passage.

De la célébration de l’Assomption au 15 août des fous; diversité des rites relatifs aux identités en Acadie

20 octobre, 10h15 - Salle 2416

Denise Lamontagne

Professeure
Université de Moncton, Canada
Le 15 août a été décrété fête nationale des Acadiens en 1881 dans le sud-est du Nouveau-Brunswick alors que les membres de l’élite clérico-nationaliste posaient les bases du nationalisme identitaire mieux connu sous le nom de « réveil Acadien » sous la protection de Marie de l’Assomption désormais reconnue comme patronne tutélaire des Acadiens. Officiellement reconnue sous le nom de fête nationale des Acadiens, le 15 août est le théâtre de manifestations rituelles ou le sacré et le profane se donnent à voir simultanément en fonction de l’endroit où se déroule la ritualisation de cette fête identitaire pour l’ensemble des Acadiens des provinces maritimes .De la célébration de la fête de Marie de l’Assomption comme rituel religieux encadré par les représentants de l’élite clérico-nationaliste à la célébration du 15 août des fous initiés par une nouvelle génération d’artistes , on assiste à un déplacement du sacré qui se donne à voir à l’intérieur de diverses manifestations de réappropriations des anciennes figures religieuses identitaires travesties en héroïnes modernes qui donnent à cette fête identitaire un visage résolument païen. C’est cette mutation des rituels identitaires que nous tenterons de présenter dans cette analyse des célébrations du 15 août , fête nationale des Acadiens.

Les «nouveaux rites» sont-ils vraiment nouveaux? Quelques perspectives théoriques autour du rite comme invariant anthropologique

20 octobre, 13h45 - Amphithéâtre Jean-Paul-Tardif

Pascal Lardellier

Professeur à l'Université de Bourgogne-Franche Comté (Dijon, France) chercheur au CIMEOS, directeur scientifique de PROPEDIA (laboratoire du Groupe IGS, Paris), vice-président du Conseil scientifique de l'IUT de Dijon et auteur.
France
La notion de «nouveaux rites» est apparue au milieu des années 2000, portée par quelques ouvrages qui tous, se réclamaient dès leurs titres de cette «nouveauté rituelle», ou de son regain. Cela a déclenché une discussion dans le milieu anthropologique, et cela pose question, en effet, quant à la validité et à la véracité de ce renouveau rituel. Cette conférence prendra en considération le rite comme «invariant culturel» en posant des éléments de définition stables, partagés par maints chercheurs.  Ensuite, nous interrogerons précisément ces "nouveaux rites", à travers la lecture de ce qu'en disent les anthropologues, afin de voir s'ils existent bel ou bien, différents et distincts des rites «anciens» ; ou s'il y a derrière ce «slogan» et cette nouveauté quelque chose qui relève de la mode éditoriale et du filon médiatique. Plus largement, seront mobilisées les notions de postmodernité, d'enchantement, d'identité. Plusieurs cas concrets de «nouveaux rites» seront présentés, et passés au crible de la grille de définition proposée en amont.

Conduites à risque et rites personnels de passage

21 octobre, 9h00 - Amphithéâtre Jean-Paul-Tardif

David Le Breton

Professeur de sociologie et membre de l’Institut Universitaire de France et de l'Institut des Études Avancées
Université de Strasbourg
Les épreuves que les jeunes s’infligent spontanément dans le groupe, même si elles sont dangereuses et douloureuses répondent à cette nécessité intérieure de s’arracher à soi même et de renaître à une autre version de soi, meilleure, après avoir regardé réellement ou symboliquement la mort en face. Ces épreuves sont des rites intimes, privés, autoréférentiels, insus, détachés de toute croyance, et tournant le dos à une société qui cherche à les prévenir. Parfois même elles provoquent un sentiment de renaissance personnelle, elles se muent en forme d’auto-initiation.

Ritualités et mystères de l’identité

19 octobre, 16h - Amphithéâtre Jean-Paul Tardif

Raymond Lemieux

Professeur titulaire de sociologie de la religion et d'histoire du christianisme
à la Faculté de théologie et de sciences religieuses
Université du Québec à Montréal
Parmi les manifestations de la vie propres à l’humain, les rites traversent les frontières de l’institué, «religieux» ou «séculier» pour une exploration de leurs limites. Excursions dans ce qui reste impossible à dire par les langages institués de la vie ordinaire, ils en ouvrent l’espace, permettant l’émergence d’un sujet essentiellement en processus, limité certes, mais prenant le risque de configurer son identité dans l’indéfini du sens. Ils inaugurent ainsi des espaces où le sublime semble devenir possible et susceptible de s’actualiser dans la vie ordinaire. Nous tenterons d’interroger ce «mystère» de l’identité, là où celle-ci n’est pas seulement portée par les regards des autres, mais aussi par la passion de l’être pour un plus-être.

La Déesse intérieure: normativité du genre et identité gaie dans les ritualités wiccannes

21 octobre, 10h15 - Salle 1430

Martin Lepage

Doctorant-chercheur
Université du Québec à Montréal
Le paganisme contemporain, reconnu par ses adeptes pour son caractère féministe et inclusif des identités LGBTQ, met en scène le genre de manière très diversifiée. Sa branche principale, la Wicca, continue toutefois de véhiculer certaines normes de genre dans le cadre de la pratique rituelle. En contexte collectif, cette pratique donne lieu à la rencontre de multiples identités sexuelles et de genre qui entrent parfois en conflit sur le plan des représentations. Si les identités féminines sont grandement valorisées au sein de la Wicca, qui les explicite comme source principale de pouvoir et d’autorité, les identités masculines, elles, sont rarement problématisées au-delà des figures de l’époux, du père et du chasseur. De surcroit, les identités masculines gaies, très présentes au sein du mouvement, s’y voient souvent normalisées. Or, les études queer (Butler, 1990, 1993; De Lauretis, 2007; Dorlin, 2008) ont montré comment l’association stéréotypée entre le genre, le sexe et l’orientation sexuelle (homme masculin hétérosexuel/femme féminine hétérosexuelle) relevait d’une construction sociale à la rencontre des subjectivités et des normes dominantes. Ainsi les ritualités néo-païennes, toujours porteuses de normativité liée au genre, définissent comment ces identités doivent être interprétées et mises en acte (Schechner, 2006; Houseman, 2012). Ceci remet en question le caractère inclusif de ces ritualités qui intègrent les différences au niveau de l’identité sexuelle à une nouvelle norme définissant le genre masculin. Ces ritualités effaceraient-elles plutôt les spécificités des interprétations individuelles liées au genre au profit d’une autre homonormative, voire hétéronormative?

Du sacré au sacral. Du fanatisme athée au fanatisme dévot

21 octobre, 11h45 - Amphithéâtre Jean-Paul-Tardif

Michel Maffesoli

Professeur Émérite, Fondateur du Centre d’Étude sur l’Actuel et le Quotidien, auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages traduits en plusieurs langues
Université Paris-Sorbonne

Le temps de la compassion ne doit pas exclure le temps de la réflexion. Mise en perspective d’autant plus nécessaire qu’une époque nouvelle s’ouvre où le sentiment tragique de l’existence occupera une place que la modernité avait cru dépassée. Les analyses politiques, géopolitiques sur les évènements terroristes de Paris ne firent pas défaut. Leur justesse ne saurait être mise en cause. Mais ne peut-on pas voir en quoi de tels évènements sont des avènements aux racines tout à la fois profondes et solides ? Indices d’un changement de paradigme dont les effets pervers ne doivent pas masquer la mutation civilisationnelle de ce début de millénaire. Nombreux sont les observateurs qui, tel Max Weber, ont bien montré que le cycle moderne débute par le fameux « désenchantement du monde ». Sécularisation privilégiant un rationalisme unilatéral. Tout est soumis à raison, tout doit donner ses raisons ! Ce qui tend à éradiquer, fondamentalement, tous les autres aspects : passion, émotion, affect constituant, aussi, la vie individuelle et collective.

C’est bien cela qui revient en force. C’est même la marque essentielle de la postmodernité naissante. Certes, il est nécessaire de se donner une justification, a posteriori, mais il n’est pas, forcément, paradoxal de dire que derrière le fanatisme islamique, il y a, tel le retour du refoulé, le besoin de rites de communions émotionnelles que les élites modernes ont, durablement, déniées. Il en est de même de la recherche de l’authenticité. Recherche des racines. Voilà encore quelque chose qui fleurait le bon vieux temps. Le spectacle prévalant, la simulation dominant, il était habituel de nommer « jargon de l’authenticité », ceux qui en appelaient à des exigences autres. Celles du qualitatif, des préoccupations spirituelles et autres soucis mystiques.

Mais voilà que c’est lorsqu’une société ne sait pas ritualiser ou encore homéopathiser et donc canaliser de tels désirs qu’ils deviennent pervers et dès lors immaîtrisables. C’est Rousseau qui rappelait l’étroite parenté existant entre le « fanatisme athée » et le « fanatisme dévot » ! N’est-ce point à l’aune d’une telle assertion que l’on peut mesurer les phénomènes terroristes qui utilisent le prétexte religieux pour exprimer une soif de l’infini que le matérialisme occidental n’a, aucunement, su prendre en compte ? C’est en ce sens qu’à l’encontre de la « doxa » dominante, on peut dire que c’est l’intégrisme laïc qui, sans bien sûr en être conscient, est le fourrier des positions et des actes extrémistes. Et en ces temps de détresse, même s’il est difficile d’en faire l’économie, il ne sert à rien de clamer les litanies convenues sur la République Une et Indivisible ou sur les valeurs de la laïcité comme socle irréfragable de notre « vivre ensemble » !

Car la laïcité qui, à l’origine était le fait de la tolérance non cléricale tend à devenir un autre dogmatisme : celle du politiquement correct, du rationalisme arrogant, en bref « un laïcisme » intolérant. C’est celui-ci qui ne peut qu’engendrer les paroxysmes sanguinaires dont l’actualité n’est pas avare de commentaires. Et nous ne sommes pas sortis de l’auberge ! En particulier si on continue à stigmatiser le soi-disant « communautarisme » qui gangrènerait nos sociétés. Il se trouve que les communautés sont là. Et, certainement, pour une longue durée. Ainsi, à l’image de ce que disait Hannah Arendt lorsqu’elle analysait l’idéal démocratique s’élaborant lors de la modernité, ne pourrait-on pas parler d’un idéal communautaire en gestation ? Celui d’une « res publica » fondée sur le pluralisme ou le polythéisme des valeurs.

En d’autres termes, plutôt que de condamner a priori, n’est-il pas judicieux d’accompagner un mouvement inéluctable ? Et, du coup, d’en éviter les effets nocifs aux conséquences inéluctables ? En fait, ce n’est plus « d’esprit du temps » qu’il faut parler, mais bien du temps de l’esprit. Celui où le besoin de rites religieux retrouve une indéniable force et vigueur. C’est un tel « sacral », diffus, contaminant la sphère politique, sociale, économique qu’il faut savoir accompagner. Ne l’oublions pas : c’est en déniant les rêves qu’ils s’inversent en cauchemars.

Rite et récit contemporains : pour une lecture ethnocritique

20 octobre, 16h30 - Salle 1430

Sophie Ménard

Chargée de cours
Université du Québec à Montréal
Faisant l’hypothèse que la littérature moderne et contemporaine raconte bien souvent la mise en marge définitive et constitutive de l’individu, l’ethnocritique1 propose d’actualiser et d’importer dans le champ de la critique littéraire des notions ethnologiques comme le « rite de passage », la « liminalisation », l’« initiation » que les folkloristes et ethnologues ont conceptualisées (Van Gennep, Turner, Houseman). Plus spécifiquement, nos travaux affirment que la marge initiatique, dans laquelle l’individu s’expérimente autre pour devenir soi dans un nouveau statut, sert de modèle à des types de personnages problématiques, que nous appelons « personnage liminaire » (M. Scarpa), qui ne reviennent pas de la phase d’altérité et qui sont, selon les circonstances et les contextes, des non ou mal initiés et parfois des sur-initiés. Outre cet apport fondamental à une théorisation anthropologie du personnage, sur laquelle je reviendrai tout au long de cette communication, je m’intéresserai plus généralement à la grammaire du rite qui – c’est une autre de nos hypothèses – fonctionne en homologie avec la grammaire du récit. En effet, les actions et schémas rituels sont des organisateurs formels de la narrativité contemporaine, car la construction et la déconstruction de l’identité individuelle et sociale du personnage forment le cœur du procès narratif. J’aimerais dans le cadre de ce colloque présenter cette méthode critique d’analyse culturelle du texte littéraire en étudiant le récit contemporain (je prendrai des exemples chez Emmanuel Carrère et Jean Echenoz) comme lieu d’une mise en place des différences de sexe,d’âge et d’état dans une succession de (rites de) passages. On verra que le récit thématise dans sa fiction, problématise dans sa langue particulière et même formalise dans sa narration des modalités culturelles relevant d’une « invisible initiation » (D. Fabre).

Officiants et experts rituels du sacré contemporain : les nouveaux virtuoses du séculier

20 octobre, 11h45 - Salle 2415

Géraldine Mossière

Professeure
Université de Montréal
La critique des religions institutionnelles et l’accent aujourd’hui porté sur certaines fonctions du religieux (thérapeutique, marquage des étapes du cycle de vie) ont consacré l’émergence de nouvelles figures rituelles. Intervenants en soins spirituels, officiants «laïcs» pour baptême, mariage ou funérailles, guérisseurs, auditeurs et autres thérapeutes de religions dites «de guérison» (Dericquebourg), de nouveaux acteurs nés de la modernité et de la sécularisation circulent désormais sur le marché du rituel. Rarement pourvus d’une quelconque prétention charismatique à attirer les masses, ces ritualistes ne visent ni l’organisation ni l’institutionnalisation religieuses. Leurs activités se restreignent habituellement à des offices ponctuels, menés sur la base de la reconnaissance et de la renommée de leur virtuosité rituelle car quoique parfois affiliés à une institution, ils se situent en atomes libres. Or s’il est admis que les rituels constituent la matrice du religieux en en concentrant et en en manifestant la substance, le développement très travaillé des compétences rituelles de ces nouveaux agents pourrait manifester de façon explicite voire archétypale, le portrait et les sensibilités des formes sécularisées de la vie religieuse et du sacré modernes. Dans cette communication, nous présentons plusieurs profils de ces nouveaux officiants rituels rencontrés lors de divers terrains ethnographiques menés au Québec en salons funéraires et auprès d’intervenants en soins spirituels. En examinant leur parcours biographique, leur discours quant à leurs activités, leurs interactions avec leur clientèle ainsi que les mises en scène rituelles qu’ils mettent sur pied, nous explorons quelques pistes d’étude et de compréhension des rituels contemporains. L’analyse aboutira à quelques propositions quant aux comportements, besoins et attentes des sujets séculiers.

Les rites de la filiation en contexte d’exil chez Alain Mabanckou et Dany Laferrière

20 octobre, 16h00 - Salle 1430

Thuy Aurélie Nguyen

Doctorante en création littéraire
Université du Québec à Rimouski
Les « récits de filiation » constituent un pan majeur de la littérature des années 1990 et du début des années 2000 (Ernaux, Bergounioux, Michon, Macé). Bien qu’ils aient été étudiés par plusieurs critiques en France et au Québec (Viart, Demanze, Lapointe), ces études n’ont pas suffisamment pris en compte l’apport de certains récits de migration qui portent sur la filiation un regard transformé par l’expérience de l’exil et par la rupture avec la terre d’origine, la communauté et la famille. Dans ces récits, que nous appellerons « récits migrants de filiation », les exilés sont contraints de mettre en place des pratiques rituelles, par lesquelles ils tentent de se relier à leurs proches, malgré la distance. Le rite serait alors une manière de transformer l’absence en présence, une pratique jouant à la frontière du visible et de l’invisible, permettant d’aménager un espace identitaire dynamique. Dans le cadre de ce colloque, nous proposons donc de poser la question suivante : quand les liens familiaux sont distendus par l’exil, quels gestes accomplir pour signifier la perte et le deuil ? Plus encore, qu’advient-il des pratiques rituelles élaborées durant l’exil, lorsqu’elles sont confrontées aux rites et aux traditions du pays d’origine au moment du retour ? La pratique rituelle « exilique » en lien avec les ascendants met en jeu une construction identitaire reposant sur plusieurs tensions, entre proximité et distance, entre mémoire et oubli, entre fidélité et transgression, dont nous tenterons de comprendre les impacts et les enjeux. Pour ce faire, nous analyserons deux romans, L’Énigme du retour (2009) de Dany Laferrière et Lumières de Pointe-Noire (2013) d’Alain Mabanckou, qui présentent une trame narrative similaire menant les narrateurs-personnages à effectuer un retour au pays natal, après de nombreuses années d’exil. Cette parenté structurelle entre les deux romans fait toutefois ressortir une différence significative. Nous tenterons de montrer comment ces deux romans présentent deux attitudes différentes dans le rapport à la mort et aux rituels pour honorer les défunts, attitudes qui, pourtant, se rejoignent peut-être dans le geste d’écrire.

L’engagement religieux et la construction identitaire : la pratique rituelle comme maintien de l’engagement et confirmation de soi

21 octobre, 10h45 - Salle 1430

Mohamed Outahar

Doctorant en sciences sociales
Université Hassan, Casablanca, Maroc
Le débat actuel autour de l’identité religieuse constitue l’une des préoccupations primordiales de notre époque, lequel ne cesse de s’élargir sous de multiples attributions : retour des religions, retour de la religiosité, l’époque de spiritualité, engagement religieux, conversion religieuse, etc. Ceci se traduit par une transformation culturelle et sociale chez les gens qui trouvent dans le retour aux certaines formes de religiosité un appui, voire un refuge, contre la complexité de la vie, le changement socio-économique et le traumatisme psychique. La construction de l’identité religieuse n’est pas, en effet, isolée de ses manifestations et de ses pratiques dont les rites constituent la pierre de touche dans l’édifice identitaire de la personne engagée. La question du Genre est au cœur de cette question dans la mesure où la pratique rituelle de la femme engagée diffère de celle de l’homme engagé en matière de consistance, rigidité, densité, importance, continuité, etc. Il s’agit de vérifier à quel point l’engagement religieux pourrait être un révélateur d’une « crise identitaire », et en quoi les rites religieux jouent un rôle dans la construction identitaire chez les personnes engagées.

Ritualité conjuratoire du théâtre forum et processus du subjectivation

20 octobre, 10h45 - Salle 1430

Clément Poutot

Enseignant-chercheur
Université de Caen Normandie
Initié dans les années 1970 par Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé a depuis été approprié par des milliers de praticiens à travers le monde. La forme la plus connue de cette pratique est le théâtre forum (Boal, 1980), construit à partir d’ateliers composés de jeux et d’exercices permettant, dans une dynamique réflexive sur le vécu, une ritualisation du quotidien. Durant le forum, les participants sont invités à se projeter (Poutot, 2012) sur scène sur différents modes (par identification, par analogie, par solidarité, par exemplification et par catharsis) pour débattre en développant des savoirs pratiques (Wulf. 2007). Pour ce faire, un théâtre forum s’appuie sur l’enchevêtrement de différentes formes de théâtralisation du social (jeu, rituel, spectacle, fête). Lorsqu’elles s’imbriquent et que la violence de l’oppression mise en scène renvoie à une relation antérieure entre les personnes présentes et leur « terroir » (Houseman, 2012), l’engagement de ces dernières peut révéler les potentialités de la pratique et relever de l’activité rituelle.

Des Québécois sur le chemin de Compostelle : Retour rituel aux sources identitaires ? 

20 octobre, 10h15 - Salle 2415

Pierre Rajotte

Professeur
Université de Sherbrooke
À partir des années 1980, on assiste à la résurgence d’un rite ayant occupé une place centrale dans l’imaginaire de l’espace romano-occidental, le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Selon les statistiques du site de la cathédrale de Compostelle, le nombre annuel de fréquentations du « Chemin » est passé de 120 pèlerins en 1982 à 270 883 en 2010. Le nombre de mises en récit de cette marche pèlerine témoigne également de l’ampleur de cet engouement. Uniquement au Québec, près d’une quarantaine de témoignages ont été publiés en volume de 1997 à nos jours. Or, après le désenchantement et « la désagrégation du croyable », pour reprendre la formule de Marcel Gauchet (1998), comment expliquer que le Camino fasse à nouveau marcher et écrire ? Qu’attendent les pèlerins de cette marche intensive dans un espace et des paysages où s’imposent les églises, les chapelles et les croix ? Animés, on le sait, non plus par l’affirmation ostentatoire de la foi, mais par des raisons aussi variées les unes que les autres, comment parcourent-ils et décrivent-ils ce chemin millénaire qui depuis son invention au XIIe siècle a été borné par diverses finalités et significations ? S’astreignent-ils à reproduire rituellement un modèle d’interprétation et d’usage convenu, ou tentent-ils d’investir cette voie sacrée d’un sens nouveau et actualisé ? Certes, au premier abord, le dispositif de quête identitaire qu’ils nous livrent est pour le moins complexe, oscillant entre l’exploration de soi et une ouverture à l’universel. Mais ultimement, leurs récits témoignent d’une expérience qui constitue une forme de retour rituel aux sources identitaires invitant à habiter plus humainement le monde. « Peut-être est-ce là le motif de ma marche vers Compostelle, écrit Hugues Dionne. Mieux m’inscrire dans ce chemin d’humanité pour apprendre à devenir plus humain » (2004). Ce processus de filiation transite en effet par une opération de sélection de ce qui constitue le meilleur de l’héritage culturel occidental. Posant la nécessité de refonder des identités individuelles et collectives viables dans le contexte de sociétés multiculturelles plongées dans les turbulences de la mondialisation, ces récits esquissent un travail d’élaboration de nouveaux pactes identitaires et mémoriaux de façon à « réenchanter le monde », pour reprendre les mots de Jean-Christophe Rufin (2013).

Les « signes » de Lourdes et les rites associés comme ressources pour la structuration d’une identité chrétienne

20 octobre, 10h45 - Salle 2415

Anne Righini

Chargée de travaux pratiques
Institut Catholique de Paris
Dans les sociétés post modernes, l’identité n’est plus reçue par la naissance, et tout au long de leur vie, les individus sont tenus à la réinvention de leur propre réponse à la question : « qui suis-je ? ». Cette tâche se conjugue en défis multiples et injonctions contradictoires : tenir dans la durée tout en s’adaptant au changement perpétuel ; lutter contre l’isolement et se découvrir des appartenances tout en préservant son autonomie et sa liberté ; donner sens à son vécu et à ses actions tout en en relativisant leur portée dans un monde sans utopie. Face à cet enjeu, individus et groupes réinvestissent des rituels religieux anciens en les adaptant à leur propre actualité. Dans cet exposé, nous verrons quelques pèlerins s’appuyer sur les « signes » de Lourdes – les foules, le rocher, l’eau, les malades – et les rites qui leurs sont attachés, pour structurer leur vie personnelle, lui donner sens et la déployer comme vie chrétienne. Au-delà des pratiques individuelles, la mise en scène que constitue Lourdes pendant les jours du Pèlerinage National permet d’aborder sans les verbaliser un grand nombre de dialectiques contemporaines : quotidien et événement, solidité et fluidité, localité et globalité, tradition et nouveauté, inclusion et séparation, santé et maladie, appartenance et individualité, engagement et mobilité, … Mais à Lourdes les rites de pèlerinage s’inscrivent dans le rythme imposé par le rituel liturgique, en particulier celui de l’eucharistie, fixé dans le Missel Romain. Les rites locaux, larges et fluides, deviennent alors signes du Royaume. Dans cette espace ouvert, l’ensemble des rites individuels ou collectifs s’inscrivent dans une sacramentalité large : des significations s’élaborent, une appartenance se découvre, une identité chrétienne se dessine, changeante et multiple, mais reconnaissable. Ainsi, au-delà des ressources que constituent les pratiques de pèlerinage pour affronter les difficultés du monde contemporain, on pourra observer ce qui, à Lourdes, fait le caractère chrétien et ecclésial d’une pratique anthropologique considérée comme universelle.

La crise du rituel judiciaire

20 octobre, 11h45 - Salle 1415

Alexis Robin

Doctorant en histoire du droit
Université de Poitiers, France
Le droit apparaît dans l’histoire comme le rituel identitaire par excellence. Dépendant des dieux dans l’Antiquité, il s’émancipera de cette dimension sacrée pour devenir laïc. Le droit n’abandonne cependant pas pour autant ses codes et ses pratiques coutumières. Comme l’affirme A. Garapon dans le rituel judiciaire, le droit s’inscrit dans une longue tradition de rituels parfois dépouillés de leurs charges mystiques, mais toujours symboliques. Ainsi, la façon de s’habiller des magistrats, le langage usité, la manière de procéder est une répétition quotidienne permettant de démarquer les juristes des différents pays et dans le même pays, les juristes du reste de la population. Tous ces rituels théâtraux, linguistiques, vestimentaires, sont pourtant critiqués ces dernières années, remis en cause par des voix extérieures et intérieures. Par exemple, les profanes s’adressent au juge en débutant leurs phrases par « Votre honneur », alors que le magistrat du siège doit se voir appeler « Président », ou encore demandent à leurs avocats de faire des objections, à l’instar des séries américaines, sans prendre conscience qu’il ne s’agit pas du même système juridique et des mêmes codes dans sa mise en œuvre. Dans le même temps, à l’intérieur de l’État, des juristes s’interrogent sur l’importance de porter une robe, ou sur l’utilité d’une audience dans certains cas, si bien que l’on voit fleurir des modes de répression alternatifs, qui permettent à l’individu d’échapper à ce rituel. Certains cherchent en fait à dépouiller la justice de sa forme ritualisée. On peut alors s’interroger sur le rite judiciaire en lui-même et sa charge identitaire, pour savoir s’il connaît une crise interne dans la solennité du rite lui donnant un poids supérieur ou une simple mutation induite par le changement d’état d’esprit de la nation qu’elle structure.

Et quand le sacré est interdit? Les femmes-prêtres de l’Église romaine, ordonnées extra legem, et leurs liturgies

21 octobre, 11h45 - Salle 2415

Susan Roll

Professeure
Université Saint-Paul, Ottawa
Selon le droit canonique de l’Église catholique romaine (CIC 83 canon 1024) « Seul un homme baptisé reçoit validement l’ordination sacrée. » Mais depuis 2002 un peu plus que deux cent femmes partout dans le monde ont reçu l’ordination à la prêtrise selon les rites de l’Église catholique, mais tout à fait sans l’approbation officielle des leaders. Selon une déclaration promulguée du Vatican en 2010 l’ordination des femmes serait considérée un crime comparable à l’abus sexuel des enfants. Et la lettre apostolique « Ordinatio Sacerdotalis » (1994) déclare même qu’il est défendu de parler de l’ordination de femmes. En mi-septembre 2015, juste avant la visite du pape François à Philadelphie, 500 femmes et hommes ont participés dans le troisième colloque international pour l’ordination catholique de femmes (Women’s Ordination Worldwide.) La célébration de l’Eucharistie qui a fait la clôture de ce congrès donne témoignage à une approche originelle qui caractérise aussi les rituels présidés par ces femmes-prêtres-sans-approbation: engageante et joyeuse avec beaucoup de danse, de couleur, des éléments théâtraux, et un emploi créatif de textes classiques et de chant. Ce cas-étude mène à expliquer les points de départ de ce mouvement et les influences sur leurs structures rituelles, sur la présidence de ces rituels et sur leur manière de ritualiser. En particulier nous ferons une analyse de la liturgie eucharistique de clôture en Philadelphie.

Les Dionysies : un rapport dialectique civilisateur entre norme et transgression

20 octobre, 15h00 - Salle 1415

Daphnée Savoie

Candidate à la maîtrise en philosophie
Université Laval
Sur des lamelles d’os du Ve siècle av. J.-C., à Olbia du Pont, s’offrent à lire bios-thanatos-bios, Eirene-Polemos, Aletheia-Pseudos, soma-psyche et autres antithèses associées à Dionysos. Ce dieu confond. De même, les festivals religieux qui lui sont voués sont le cadre de comportements sociaux et rituels dépassant les limites traditionnellement acceptées par la cité d’Athènes : ivrognerie, insultes, caricatures outrageuses, travestissements sexuels… un ordre transgressif est temporairement établi à l’occasion des Dionysies. Chacun y trouve sa place, même l’autre. S’incarne l’identité d’Athènes, qui entend faire la démonstration de sa force et de sa grandeur. Paradoxalement, c’est grâce à la suspension des distinctions habituelles, et même au renversement temporaire des composantes de cette identité qu’elle affirme, que la cité raffermit son ordre et ses lois. Du moins, c’est le propos que nous tenterons d’étayer en empruntant à Natale Spineto, professeur d’histoire des religions à l’Université de Turin, la clef interprétative socio-anthropologique qu’il déploie dans son étude des festivals dionysiaques. Cette clef consiste en la distinction entre discipline et transgression. Aux Dionysies, les éphèbes transportent la statue au théâtre, les orphelins de guerres participent à la procession. Les femmes peuvent quitter le foyer pour assister au spectacle, voire participer à la procession. Durant les Lénéennes, certains métèques font partie du chœur des chants phalliques, tandis qu’aux Dionysies rurales et aux Anthestéries, les esclaves sont temporairement libérés pour l’occasion ou ont le droit de boire en compagnie de leur maître. Ces autres, considérés étrangers du fait de leur race, de leur sexe, de leur âge ou de leur rang, se voient attribuer un honneur inaccoutumé.

L’argent de Dieu : les rites de rétribution dans les agoras et les parlements ivoiriens

20 octobre, 11h45 - Salle 2416

Oumar Silué

Chercheur
Université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire
Cette communication questionne la rémunération des orateurs des ‘’agoras’’ et des ‘’parlements’’ ivoiriens de même que les logiques qui la sous tendent. Les prises de parole de ces tribuns qui animent ces espaces sont sanctionnées par des séances de rétribution au cours desquelles l’auditoire est invité à leur donner de l’argent par jets ou dans un panier. Ces séances sont des moments rigoureusement codés par des actes qui fonctionnent comme des rites. Ils se caractérisent par leur universalité car ils se retrouvent dans tous les ‘’agoras’’ et ‘’parlements’’ de Côte d’Ivoire. En sus, l’exécution de ces rites obéit à une théâtralisation uniforme. L’acte de rétribution s’effectue selon un déroulement précis à l’apparence d’un rituel religieux.

Rituels culinaires et identités multiples

21 octobre, 11h45 - Salle 1415

Hélène Strohl

Écrivaine
Paris, France
Longtemps les manières de manger ont été déterminées par les appartenances de classe, de région, de religion : nourriture bourgeoise, nourriture ouvrière, France du beurre, France de l’huile, cuisine d’Europe centrale ou de la Méditerranée. Les recettes et les rites de table se transmettaient de mère en fille, tolérant à peine quelques évolutions, notamment pour s’adapter aux nouvelles techniques. Il en est tout autrement aujourd’hui : le cahier de recettes de nos grands-mères n’existe plus et les éditeurs de livres de recettes ferment boutique. Il suffit maintenant de taper n’importe quel nom de plat sur Internet pour voir aussitôt apparaître toutes sortes de conseils et de recettes. Dès lors selon les humeurs, le temps qu’il fait, les commensaux choisis, chacun pourra discuter avec la tribu des confectionneurs de cakes salés, celle adepte de pâtes à l’italienne, ou celle des localistes. Il y a deux types d’adeptes de ces forums d’échanges : ceux qui au gré des mets s’identifient tour à tour aux amateurs de nourritures et de rituels divers ; et ceux qui font de la nourriture et des rites de table la base d’une morale stricte, ceux pour qui la tribu des commensaux devient secte, c’est à dire groupe qui s’exclut et exclut tous ceux qui ne mangent pas comme eux. Adeptes intégristes des divers monothéismes, mais aussi des nouveaux dogmes alimentaires : sans gluten, sans viande, sans lactose, ou adeptes de produits et de rituels très codés. Les rites alimentaires permettent ainsi de lire une nouvelle géographie des communautés et des identifications. Là où ils traduisaient un déterminisme communautaire (on naissait Juif, catholique ou protestant, alsacien ou auvergnat, ouvrier ou bourgeois…), ils traduisent maintenant un besoin de marquer son appartenance à une ou plus souvent à plusieurs communautés diversifiées. Appartenance exacerbée dans le sectarisme communautaire des adeptes de divers interdits, appartenances multiples dans une recherche effrénée de plus de convivialité. Les rituels culinaires construisent nos identités.

Quête du bâton de lune ; accompagner la nature cyclique féminine

21 octobre, 10h15 - Salle 2415

Laetitia Toanen

Chercheure indépendante, accompagnante en pratique rituelle, fondatrice de Chemins de traverse
Je viens d’un monde qui est moins documenté, plus expérientiel où la course du soleil et de la lune influe sur celle des humains, où au cœur de la forêt se dresse une yourte. Une yourte devenue au fil du temps l’antre des femmes; leur ventre, leur cœur, leur voix. Au fil des tentes rouges, ateliers et rituels, j’ai rencontré nombre de femmes porteuses… autant d’enfants que d’idées. Des femmes jeunes ou plus âgées, fécondes de ce qui les anime, de leurs réalisations et réflexions, mais régulièrement coupées de leur féminité et amputées des pouvoirs qui y sont liés. En effet les femmes d’aujourd’hui, toutes libérées soient-elles, sont les riches héritières d’un lourd passé de violences faites aux femmes. Je parle ici de violence cléricale, que la religion et les hommes de pouvoir ont infligé aux femmes, les faisant passer pour sorcières, hystériques et ainsi les conduire au bucher, à l’asile, à mettre au monde 15 enfants avant de procéder à la fameuse grande opération ! Toutefois, si au fil des siècles on a dépossédé les femmes de leur féminité, de leur maternité, de leur corps, de leurs cycles menstruels, de leur confiance en elles-mêmes et du pouvoir qu’elles ont sur leur propre vie, différents rituels honorant cette nature cyclique et ses pouvoirs créatifs, perdurent ici et là sur la planète. Parmi eux celui de la Quête du Bâton de lune issu d’une tradition autochtone de l’est du pays, constitue un rendez-vous avec l’intimité des femmes, mais aussi leurs rêves et leurs espoirs. Ode à la déesse créatrice en elles, il suggère un puissant ancrage de féminité, puisque celles-ci vont s’y rapporter lors de chacune de leurs lunes, qu’elles soient rouges ou noires, afin d’y célébrer la vie; honorer les beautés de ce qu’elles ont vécu au cours du mois et souhaiter celles qu’elles désirent voir se concrétiser au cours du mois à venir. Ce rituel servait à l’époque de tissu social, de vecteur de communication entre les hommes et les femmes du clan en plus de reconnaitre le pouvoir qui leur était propre. A présent, grâce à cette quête, les femmes récupèrent peu à peu une part d’elle même, une confiance en leurs « états d’âme », une appréciation de leur nature cyclique, la confiance d’un clan et l’occasion de partager leurs rêves, de libérer leurs corps et de marcher vers de nouveaux territoires ! Une façon également de s’octroyer du temps hors du tumulte du quotidien pour veiller, cueillir, et guérir.

Rites et identité de criminels dans les gares de transport public artisanal à Abidjan

20 octobre, 10h15 - Salle 1415

Kouamé Walter KRA

Enseignant-chercheur
Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire
Cette communication vise à analyser la construction, à travers des rites spécifiques, de l’identité de criminels d’une catégorie d’acteurs exerçant dans le secteur du transport public artisanal d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Des acteurs appelés communément Gnambros (Les Gnambros sont des jeunes qui, sur les gares de transport public artisanal, ont pour rôle de trouver des clients pour les véhicules de transport en commun - taxis communément appelés wôrô wôrô, et autobus de petite taille désignés sous le vocable gbakas - et de collecter illégalement auprès des chauffeurs des taxes journalières) qui, au moyen du crime organisé, s’accaparent illégalement l’exploitation des gares de transport public artisanal, captent et contrôlent ainsi les rentes financières qui en émanent. Ceci, dans un double contexte de chômage exacerbé et de montée de la violence comme mode de régulation de la vie sociopolitique. Se fondant sur des données d’enquête ethnographique dans le cadre du programme de recherche « Villes sûres et inclusives » co-financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et le Department for international development (DFID), l’analyse met en relief, sous un angle sociologique, deux types de rites qui nourrissent la construction identitaire des Gnambros : d’un côté les rites de préparation à la violence criminelle qui s’observent dans la mobilisation des « combattants » et dans l’acquisition des ressources magico-religieuses ; de l’autre les rites de perpétuation du groupe fondés sur des valeurs, des normes et une idéologie qui lui confèrent une identité propre en tant qu’entité collective dominante dans un espace économique conflictuel et concurrentiel. Finalement, cette identité de criminelle semble agir comme un puissant moteur de reproduction et de perpétuation de la criminalité dans le transport public artisanal abidjanais, posant ainsi le défi de la réinvention d’une réponse des pouvoirs publics face à ce phénomène de construction identitaire qui marque une autre forme de mutation de la violence criminelle dans la société ivoirienne.

Rites d’auteurs, rites de lecteurs : la communauté littéraire à l’ère numérique

20 octobre, 10h15 - Salle 1430

Myriam Watthee-Delmotte

Professeure
Université Catholique de Louvain, Belgique
Cette communication propose de reconsidérer sous l’angle du rite la théorie littéraire sur l‘éthos et la posture d’auteur, et sur les pratiques lectoriales, en pointant les innovations qui s’imposent depuis que l’informatique a intégré les processus de production de diffusion des textes littéraires. Le monde médiatisé est soumis à la « folie du voir » (Buci-Glucksmann) : un auteur doit désormais négocier son appartenance à la communauté symbolique des écrivains par sa « visibilité » (Heinich). À partir de quelques exemples concrets, on analysera la gestion ritualisée par laquelle les écrivains tentent de resacraliser la fonction « auteur » dans un monde où la pluralité identitaire va de pair avec la standardisation et la banalisation, y compris de l’interdit. De leur côté, les lecteurs littéraires se constituent en communautés lectoriales virtuelles. On verra quels modèles identitaires ils s’approprient et à quelles fins. On montrera l’ancrage ritualisé de ces constructions identitaires, l’impact symbolique de leur mise en œuvre, leur négociation ou incompabilité avec des axiologies traditionnellement attachées en Occident à la figure de l’écrivain, au support livresque du texte, à la lecture solitaire.

Identité et rituel. Le rétablissement d’une relation importante

20 octobre, 9h - Amphithéâtre Jean-Paul-Tardif

Christoph Wulf

Professeur d’anthropologie et de philosophie de l’éducation, cofondateur du Centre interdisciplinaire d’Anthropologie historique
Université libre de Berlin
Cette présentation examine de plus près la relation entre « identité » et « rituel » en analysant les dimensions subjectives, sociales et culturelles de l’identité et en montrant quelle contribution les rituels y apportent. La présentation prend en considération les dimensions performatives, iconiques et linguistiques de ce processus. A l’aide des exemples tirés de « L’étude berlinoise sur les rituels et gestes », elle montre dans quelle mesure les rituels ont de l’importance dans le domaine de la socialisation et inculturation « famille », « école », « groupe de pairs » et « média ». La présentation développe une théorie des rituels et des gestes par rapport au processus du développement de l’identité et analyse les problèmes concernant les méthodes de recherche. En outre, elle examine les limites du concept d’identité.